Tu as choisi de partir…

Posted: 27 mai 2018 by Ennelle

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J’ai toujours pensé que j’étais préparée à faire face à la mort. Je pense que je sais relativiser, dire que nous allons tous y passer un jour. Evidemment, c’est dans l’ordre naturel des choses.

Souvent, très souvent, je dis à mes proches : prenez soin de ceux qui sont avec vous, chérissez-les, la vie est courte, profitez de chaque instant, ne restez pas fâchés longtemps. Ce que cela révèle en réalité, c’est que j’ai réellement pris conscience de la vie que nous vivons. J’ai pris pleinement conscience des paroles de L’Ecclésiaste “Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité”.

Je me rappelle de 2 conversations qui ont fortement orienté et défini la personne que je voulais être dans le monde professionnel. 

A un de mes managers qui voulait absolument que je reste dans son équipe car il avait besoin de moi et pouvait m’offrir la position et le salaire que je voulais (fallait rester raisonnable bien sûr), j’avais répondu ceci “Tu sais, c’est important de savoir qui on est et ce à quoi on aspire. Ce que je désire ardemment, c’est travailler “AVEC” les gens, et pas “CONTRE” eux. Je choisis donc de partir vers une entreprise où je suis certaine d’avoir les moyens de faire cela. Non pas que je sois dupe ou naïve par rapport à là où je vais mais parce que je pense que j’aurai les moyens de faire entendre du bon sens. Ici, je n’en suis plus du tout convaincue”.

Une autre fois, suite à une altercation avec un responsable d’une équipe concurrente, j’avais demandé à un de mes managers d’intervenir. Il m’a dit que je pouvais me permettre d’être agressive et que je pouvais “lui rentrer dedans”. J’ai pensé sincèrement qu’il était fou de penser que j’avais besoin d’autorisation pour ce faire. Il faut vraiment que les gens apprennent à lire entre les lignes. Le fonds de la question est que cette personne n’avait aucune raison valable de réagir de la sorte. Si elle n’en avait pas, j’en avais encore moins pour répliquer violemment et créer une escalade à l’infini qui n’a pas lieu d’être ! Ce que je lui demandais, c’est de faire prendre conscience à l’autre son attitude déplacée qui oubliait les règles élémentaires de respect et de bienveillance. Je souhaitais créer une situation qui nous ramène à un environnement normal et sain.

Revenons à toi. En me rendant à l’église ce mardi, je m’étais drapée dans mon manteau de manager, de Directrice de projets. Une femme forte, sûre d’elle, prête à faire face aux difficultés, prête à soutenir et à porter tous les autres, à soulever les montagnes ! A rendre l’impossible possible. Bien sûr ils auront besoin d’aide tous les autres, de soutien, d’un sourire bienveillant et réconfortant.

Notre compagnon de route venait de nous quitter et je devais continuer à soutenir nos équipes.

Un bel endroit. Une belle église. Je me suis demandée ce que ça devait être de se marier ici. Je n’ai pu m’en empêcher mais ce qui nous y emmenait, c’était tout autre chose. J’avais ma jupe plissée noire, mon collant noir et cette veste de tailleur moderne mais stricte et des escarpins noirs, 10 cm. Mon ostéo venait de me dire que je pouvais de nouveau monter sur des échasses. Ma colonne vertébrale pouvait le supporter. Ceux qui ne savaient pas ont dû se demander pourquoi j’étais aussi sévère et lugubre ce jour-là. Ils pouvaient encore moins imaginer à quel point cette journée allait devenir profondément lugubre.

Assise. Droite. Je participais activement à l’office religieux. Et le prête prononça ces paroles qui allaient me briser (ne vous inquiétez pas, une liane plie mais ne rompt pas). Oui, je me suis pliée en 2. J’ai reçu un coup en plein ventre. Oui, il dit : “l’acte de votre collègue doit vous interpeller”. Oui, je me suis pliée en 2, mon regard est resté fixe. Ton sourire m’est revenu. Ta bonhomie. De quoi il parle le monsieur habillé en blanc dressé sur son pupitre !? Il a dû se tromper.

ET il a continué son prêche, ne laissant aucune place au doute…

Ainsi donc, tu as choisi de partir… Ainsi tu te sentais seul. Ainsi, tu avais des problèmes… Ainsi… et là, la chaîne de question ne s’est pas arrêtée. Le problème c’est que moi, je me les prends de face toutes ces questions. Il y en a tellement que je ne les comprends plus. Je ne les comprenais plus. En signe de protection, mon cerveau s’est mis en mode veille et pilotage automatique. Les émotions se sont faits la malle pour que je tienne le choc. Le soir, je me suis endormie… sans les échasses… toute habillée. Tu comprends que j’ai gardé tout le reste. Heureusement, mon âme sœur bienveillante m’a réveillée tout doucement et m’a déshabillée. Oui, j’ai dormi pour oublier. Ce n’était pas un acte conscient mais je pense que c’était encore mon pilote automatique qui était en action.

Il a fallu 3 jours. 3 longs jours. J’ai vu des larmes dans les yeux de grands gaillards. Si tu savais la peine qu’ils avaient ! Tout ce qui se raconte n’a aucun sens pour moi.

Au bout de 3 jours, il m’est resté une seule question, les autres sont parties : “Comment aurais-je pu t’aider ?” Et une colère qui ne me quitte pas ! Dieu que je suis en colère !

J’espère que tu es en paix. Je te remercie pour cette leçon de vie. Je te remercie de me confirmer que le choix de l’humain et de la bienveillance même quand tout s’affole est et restera toujours le meilleur choix.

Je garde des images ton sourire et tes yeux chaleureux et bienveillants en souvenir de toi. Et je continuerai à choisir l’humain.

MERCI ENFIN DE ME RAPPELER QUE NOUS NE SERONS JAMAIS PRÊTS FACE AUX DÉPARTS DE NOS PROCHES.

Le cœur des sages est dans la maison de deuil, et le cœur des insensés dans la maison de joie. Ecclésiaste 7.4 tweet

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