L’Afrique face à son avenir : les mêmes maux et la même impuissance ? 1ère partie : le nouvel esclavagisme

Posted: 8 août 2017 by Ennelle

La route vers la richesse, le progrès, l’espoir pour la jeunesse africaine est également, malheureusement, pavée de cadavres et d’esclaves.

Des centaines de jeunes africains issues des couches les plus pauvres, parfois pas toujours, entreprennent l’aventure clandestine et dangereuse du départ vers le Nord. Certains y laissent leurs vies. D’autres sont renvoyés chez eux bredouilles, encore plus affaiblis qu’au départ. D’autres encore sont réduits en esclavage.

A Sabha, dans le Sud-Ouest de la Libye, l’Organisation Internationale pour la Migration révèle que des centaines de jeunes Africains migrants sont capturés et vendus comme esclaves. La rançon de leur liberté est souvent fixée aux environs de 600 $. Plongée dans le chaos post-Kadhafi, la Libye est devenue une plaque tournante du trafic humain africain sous le regard insensible, anesthésié et surtout amnésique de beaucoup de dirigeants de l’Union Africaine.

C’est tellement beau le panafricanisme version Union Africaine, non ? Vous me direz, mais non, c’est le Maghreb, ce n’est pas l’Afrique. On fait ce qu’on veut des mots aujourd’hui encore plus qu’hier. Un exercice malicieux et déculpabilisant quand on ne veut pas regarder les problèmes en face ou encore questionner son impuissance.

Au Liban et dans d’autres pays du Moyen-Orient, les femmes africaines parties en quête d’un meilleur avenir sont employées comme domestiques. Elles vivent parfois le cauchemar des nuits sans toits, des abus sexuels et des coups physiques pour un salaire qui ne leur est pas toujours versé. Perdues dans un pays qui leur est totalement étranger, elles regrettent d’être parties sans mettre dans la confidence des proches sur le secret sur cet eldorado macabre.

Les témoignages recueillis dans le Guide pour les migrants édités par l’ONG togolaise Visions Solidaires  sont édifiants :

Nabila (35 ans)  : « mon salaire de trois ans devait faire au moins trois millions de Francs CFA mais ma patronne disait que j’ai causé beaucoup de dégâts matériels surtout les ustensiles de cuisine et j’ai abîmé ses vêtements. Je me suis retrouvée avec huit cent mille Francs  CFA. » tweet tweet

Solim (32 ans) : « Là-bas, il y a des immeubles à étages. Une de nos camarades réclamait son salaire un jour, et, quand elle s’est retournée, la patronne l’a poussée par le balcon et elle est tombée sur le pare-brise d’une voiture. Heureusement, elle s’est rétablie suite à ses blessures.«  tweet tweet

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L’autre réalité de l’Afrique du XXIè siècle fait douloureusement penser aux siècles d’esclavage qui ont vidé l’Afrique subsaharienne de ses forces vives au profit des champs de canne à sucre et des champs de coton du Nouveau Monde.

Ces histoires ravivent dans les mémoires, les douleurs des femmes noires malmenées par leurs maîtres, humiliées et victimes d’une perversité parfois animale. Impuissants, les africains regardent se passer sous leurs yeux des horreurs sur lesquels ils n’ont aucune prise. Voir ses semblables sombrer sans pouvoir agir est selon moi l’une des choses qui déstabilisent le noir, le noir africain, le noir américain…

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Du côté des Etats d’Afrique noire, le silence est lourd et aussi noir qu’une veille d’orage.

Pourtant la question ici n’est pas uniquement celle de la torture opérée par de nouveaux esclavagistes mais surtout celle de la responsabilité des gouvernements subsahariens. En effet, face aux forts taux de chômage, aux difficultés qui existent pour passer du secteur informel au secteur formel, au manque cruel d’infrastructures dédiées à l’intégration des jeunes diplômés, à la main mise d’une minorité sur les structures économiques et financières, la solution de secours ultime reste la fuite.

Le sujet est aussi caché que l’est la détresse de ces nouveaux esclaves ou migrants quand ils arrivent à traverser la Méditerranée. Au-delà de l’incapacité des services externes des Etats concernés à protéger leurs ressortissants, c’est la question du manque d’information et de sensibilisation qui se pose. La société civile n’a pas toujours les bonnes informations ni les moyens pour venir en aide aux victimes.

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L’heure est plutôt à un afro-optimisme de salon qui souhaite faire la publicité d’une poignée d’Africains, souvent issue des couches dominantes de la société.

Des politiques sont ainsi mises en place pour permettre aux diasporas longtemps méfiantes de revenir en terre natale. Diaspora qui aura été développée par le système éducatif d’autres pays et à qui d’autres ont donné l’opportunité de se construire et de se révéler comme talents #sorrytosaythetruth. Non pas qu’il n’y ait pas des mesures mises en place pour retenir une jeunesse désespérée qui prend la route de son avenir avec des risques incroyables. Elles existent mais sont inefficaces et presqu’inutiles. Le problème de fond reste le même depuis des générations entières : les gouvernants se préoccupent plus de ce qu’ils ont à prendre que de ce qu’ils ont à donner !

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Quel projet les Etats africains partagent avec leurs Peuples ? Vers quoi tendons-nous ? Que voulons nous incarner demain ?

Aujourd’hui, personne n’ose plus vraiment évoquer haut et fort la dualité des sociétés africaines et le fossé de plus en plus profond qui se creuse entre les plus pauvres et les plus riche. Ce qui pousse des jeunes parfois diplômés à tenter le difficile périple vers un meilleur imaginé. Personne ne peut nous le reprocher, pas vraiment car il faut bien continuer à construire et trouver des éléments pour créer, avancer là où nos Etats sont de toutes façons défaillantes à bien d’égards.

Si les organisations internationales ont de quoi chiffrer le nombre de victimes et de quoi leur venir en aide, leurs procédures sont souvent lourdes et trop longues. Elles demandent parfois des mois d’attente quand l’urgence frappe à leurs portes. Seule la mise en place de puissants lobbys au sein de la société civile africaine permettrait d’œuvrer dans les couloirs institutionnels et de favoriser l’application des conventions internationales sur les droits de l’Homme. Le manque d’organismes d’influence africains empêche la médiatisation du phénomène en Afrique et de facto à une responsabilisation des Etats africains. C’est tellement facile, les italiens et les européens s’en occuperont. On verra bien demain. Et puis, ils n’avaient qu’à pas partir !

Alors ne me dites plus que notre jeunesse africaine est une force. Nous ne devons pas parler en leur nom mais les questionner sur leur réalité de jeunes.

Mon constat est qu’aujourd’hui, une partie de cette jeunesse :

  • vit dans monde à plusieurs vitesses dans lequel elle s’aperçoit assez tôt, passé l’euphorie, que rien n’est prévue pour elle (les plus chanceux auront un cousin, un frère ou une sœur qui leur tracera une route solide) ;
  • fait flipper les dirigeants qui sont prêts à les mettre en prison ou leur tirer dessus quand elle se transforme en force vive et furieuse, animée par le désespoir ;
  • végète quand elle n’échoue pas dans la Méditerranée.
Il faut des volontés des plus audacieuses qui fassent le choix de défendre les oubliés du continent ; ceux qui sont partis et dont on a perdu toute trace, ceux qui ont espéré fuir leurs pays pour un rêve qui s’est transformé en cauchemar.
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