J’ai relu « Le monde comme il va » de Voltaire et…

Posted: 21 août 2017 by Ennelle

…je l’ai trouvé tellement d’actualité. J’y ai trouvé des similitudes avec nos pays et parfois nos situations professionnelles.

Je me suis donc soumise à un exercice de commentaire composé que j’affectionnais tant au lycée avec quelques morceaux choisis avec une application à la récente actualité togolaise.

Ainsi débute l’exercice… avec des morceaux choisis. En bleu, les extraits de « Le monde comme il va »

Parmi les génies, qui président aux empires du monde, Ituriel tient un des premiers rangs, et il a le département de la haute Asie. Il descendit un matin dans la demeure du Scythe Babouc, sur le rivage de l’Oxus, et lui dit : « Babouc, les folies et les excès des Perses ont attiré notre colère : il s’est tenu hier une assemblée des génies de la haute Asie pour savoir si on châtierait Persépolis, ou si on la détruirait. Va dans cette ville, examine tout ; tu reviendras m’en rendre un compte fidèle, et je me déterminerai, sur ton rapport, à corriger la ville ou à l’exterminer. tweet

– Mais, seigneur, dit humblement Babouc, je n’ai jamais été en Perse ; je n’y connais personne. – Tant mieux, dit l’ange, tu ne seras point partial ; tu as reçu du Ciel le discernement et j’y ajoute le don d’inspirer la confiance ; marche, regarde, écoute, observe, et ne crains rien ; tu seras partout bien reçu. » tweet

Imaginons donc un Babouc de Scythe contemporain arrivant dans nos pays un jour de chaleur infernale ! Je me demande s’il aurait pris l’avion où serait venu à cheval de nos trois frontières terrestres.  Dans les deux cas, il pourrait croiser quelques douaniers ou militaires zélés et frustrés dans leurs destins personnels. Surpris par le brouhaha et la cacophonie qui règne sur les réseaux sociaux et dans le huis clos des maisons lorsque tombe le jour, il s’inquiéterait de savoir la cause de ce tohu-bohu.

« Par tous les dieux, dit le soldat, je n’en sais rien. Ce n’est pas mon affaire : mon métier est de tuer et d’être tué pour gagner ma vie ; il n’importe qui je serve. Je pourrais bien même dès demain passer dans le camp des Indiens : car on dit qu’ils donnent près d’une demi-drachme de cuivre par jour à leurs soldats de plus que nous n’en avons dans ce maudit service de Perse. Si vous voulez savoir pourquoi on se bat, parlez à mon capitaine. » tweet

Fort heureusement dans certains pays, il y a peu de chefs d’armées qui pourraient payer ces soldats vu leurs indifférences vis-à-vis de leurs prochains. D’autres pays ont fait l’expérience de mercenaires et de milices. Ces derniers continuent de réclamer leurs dus des années pus tard, non contents d’avoir été réhabilités dans la société. Cependant, la tentation de créer une milice n’est jamais loin face au désespoir. L’envie de lutte peut laisser place à des expérimentations auxquelles nous avons échappées jusqu’à présent au Togo. C’est facile de le souhaiter quand on n’est pas soi-même obligé d’aller au front. Il me semble que chacun pense que c’est l’autre qui se sacrifiera ou que c’est l’adversaire qui mourra. Va-t-on en guerre en étant certain de mourir ? Je me le demande. Nous n’en sommes pas là, fort heureusement.

Les chefs des deux armées, dont aucun n’avait remporté la victoire, mais qui, pour leur seul intérêt, avaient fait verser le sang de tant d’hommes, leurs semblables, allèrent briguer dans leurs cours des récompenses. tweet

Des leaders qui livrent, par hâte et par imprudence, dans l’arène des êtres qui n’ont rien demandé à part peut-être vivre, espérer et être libres. Instrumentalisés de part et d’autres, ils s’affronteront jusqu’à la mort pour certains. Bien sûr, chacun de ces leaders réclameront en temps opportun leurs récompenses. Les uns pour avoir protégé le pouvoir pendant que d’autres s’enorgueilliront d’avoir gagné en légitimité. Le sang de nos semblables aura par contre coulé et risque de couler de nouveau si nous ne prenons pas garde.

Babouc frémit de la folie de ces hommes qui faisaient profession de sagesse, des intrigues de ceux qui avaient renoncé au monde, de l’ambition et de la convoitise orgueilleuse de ceux qui enseignaient l’humilité et le désintéressement ; il conclut qu’Ituriel avait de bonnes raisons pour détruire toute cette engeance. tweet

Souvent, nous nous affligeons de ce qu’il nous arrive en Afrique. Les intrigues sont monstres. Auriez-vous renoncé au monde au profit de votre bulle ? Pourtant vous courrez vous y ressourcer dès qu’il est possible, vous allez revendiquer des droits dans des pays où l’expression de l’homme sous toutes ses formes est possible. Que n’offrez-vous cette opportunité à vos semblables ? Peut-être qu’ils ne sont pas vos semblables en réalité… la question mérite d’être posée.

L’ambition démesurée des uns et la convoitise sans limite des autres sont devenus monnaie courante dans cette bulle que l’air ambiant devient irrespirable pour ceux qui n’ont presque rien pour vivre. Ce qui pourrait provoquer la colère des génies dont Ituriel. Et Dieu s’énerverait dans son atelier en regardant ce monde et se désespérant de notre manque d’empathie les uns vis-à-vis des autres.

Ouvrez vos oreilles à la souffrance de vos contemporains, vous comprendriez pourquoi ce pays frémit de colère malgré les avancées. Ceux qui sont satisfaits constituent une infime minorité qui s’auto-alimente ou sont peut-être tellement éloignés de la situation qu’ils n’en saisissent pas tous les contours. Ils se comptent en milliers. Les autres, les pauvres se comptent en centaines de milliers. Et au milieu, un nombre également conséquents d’humains qui ne souhaitent qu’une chose, le vivre ensemble, sans vraiment trouver la meilleure voie pour y arriver.

Ces parasites se pressaient de manger et de parler ; ils louaient deux sortes de personnes, les morts et eux-mêmes, et jamais leurs contemporains, excepté le maître de la maison. Si quelqu’un d’eux disait un bon mot, les autres baissaient les yeux et se mordaient les lèvres de douleur de ne l’avoir pas dit. tweet

Autour des rois vivent les saprophytes. A leurs basques d’autres saprophytes sont pendus, encore plus virulents que les premiers. Ils sont des deux côtés  Ils savent tout sur tout. Ils sont beaux. Ils sont intelligents, ainsi que le sont leurs familles, leurs amis et leurs enfants. Ils savent honorer les morts également. Mais il ne leur est jamais permis de valoriser leurs contemporains à leur juste valeur et donc d’estimer qu’ils méritent mieux où autant qu’eux. Et quand ils le font, c’est avec une intention qui n’est jamais neutre. Les bonnes âmes qui les entourent sont ainsi instrumentalisées. Parfois, elles s’en rendent compte et en tirent profit. Trop souvent, elles sont des victimes consentantes par devers eux. Le temps de s’en rendre compte, ils déjà prisonniers de prismes qui ne leur appartiennent plus. S’en défaire devient impossible. Alors il faut continuer à servir le roi et surtout à se combattre pour être le premier à être reconnu. Je me demande si la gloire terrestre qu’ils tirent de cette aventure vaut ces pertes humaines…. LA COUR !!!! FAITES ENTRE LE ROI ET SES SUJETS ! Je veux bien être le FOU DU ROI… des rois et des reines pour leur murmurer à l’oreille la souffrance du peuple, la pensée profonde du peuple…

La vérité déserte les palais et les rois et les reines sont ainsi coupés de toute réalité. Les maux et les messages de leurs contemporains ne peuvent plus les atteindre. Chers rois, chères reines : ce que vous ne savez pas, c’est que toutes ces personnes sont attentives à ce que les personnes droites et intelligentes ne vous approchent pas trop. Vous pourriez finir par être clairvoyants sur leurs manquements et limites. À moins que… c’est vous qui en avez peur.

Tous ces vieux avocats qui en parlaient étaient flottants dans leurs opinions ; ils alléguaient cent lois, dont aucune n’était applicable au fond de la question ; ils regardaient l’affaire par cent côtés, dont aucun n’était dans son vrai jour : les juges décidèrent plus vite que les avocats ne doutèrent. tweet

Bien entendu, chaque partie a ses avocats ! Aujourd’hui, leur capacité de nuisance est déculplée par les réseaux sociaux. Ils sont prêts à tout, tous les langages, toutes les menaces, toutes les turpitudes, toutes les machinations pour défendre chaque partie. Autour d’eux, subsistent les commentateurs d’actualité, les sauveurs du peuple, les dénonciateurs, les griots, les sachants. Ils sont dotés d’expertises diverses : politique, juridique, financière, journalistique, économique, légalr, ethnologique… et méprisent tout ceux qui ne pensent pas comme eux. Ils vous sortiront leurs analyses de toute sortes. Ils jugeront la situation sous toutes ses formes avec l’historique qui va bien. Il n’y a rien de pire pour un roi que de voir ses œuvres défendues par des personnes qui poursuivent des objectifs clairement individuels et nombrilistes ! L’occident découvre depuis peu les fake News. Ce qu’ils ne savent pas c’est que les fakes news ont été inventéeq en Afrique. Nous sommes à l’aube du pire comme du meilleur. Par la force des choses, nous avons acquis l’expertise de lire entre les lignes pour identifier les pièges auxquels nous confrontent la cupidité des uns et des autres. Comme me disait une amie, restons vigilants…

Nous avons tous oublié l’essentiel. Il s’agit d’une histoire d’hommes. Rien de plus. Rien de moins. tweet

L’histoire se répète et se répétera tant qu’il n’y aura pas d’intelligence humaine, d’amour et de pardon. Une révolution qui se construit dans le sang laisse des traces indélébiles. Peu sont les pays qui s’en sortent avec peu de dégâts. Dans cette histoire d’hommes, nous oublions que la colère est mauvaise conseillère. Et en même temps, aujourd’hui, à certaines personnes, il ne reste plus que la colère qui se mue en rage et en désespoir.

Nous oublions surtout que quand les nuages disparaissent pour faire place au jour. Tout le monde veut avoir accès à la lumière. Et quand la masse sait

que du gâteau à partager, elle ne verra même pas l’assiette, il ne lui reste plus que le désespoir qui nourrit et alimente cette colère.

Puisse Dieu nous préserver de PERSÉPOLIS.

Nous avons, ENSEMBLE, mieux à laisser en héritage à nos enfants que des armes de guerre.

Extraits de : Voltaire. « Le monde comme il va. » tweet

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