Ennelle Lawson | Mélancholi-mania, afro-français et diasporas africaines
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Mélancholi-mania, afro-français et diasporas africaines

— Mélancholi-mania, afro-français et diasporas africaines

Les élections en France et aux Etats-Unis ne manquent jamais de susciter l’intérêt des diasporas et des populations afropéennes. Je ne vous apprends rien, nos liens historiques et actuels nous lient définitivement à ces pays.

10 années plus tôt, la campagne électorale menée par le jeune sénateur métis (et sexy, oui j ‘ai osé) dont le père est originaire du Kenya , a mobilisé les commentaires, les soutiens et cristallisé les espoirs tant des diasporas que des continentaux.

Barack Obama a ainsi été l’incarnation de grandes espérances d’ouverture, de rêves brisées d’évolution de la situation sociale, politique et économique du continent-mère.

Nous avons été envahis par une impression très vite démentie, qu’il mènerait une politique favorisant les Africains convaincus qu’il était le messie politique et le nouveau pourfendeur des horreurs perpétrées par les multinationales et les services secrets américains. Pourtant, il était bien évident, qu’il était et est d’abord et avant tout un américain. Et très vite, nous fûmes renvoyés à nos propres responsabilités et destins. Nous ne nierons pas cependant ce que l’avènement du leader d’un monde libre aura eu comme impact sur l’évolution de notre place dans le monde.

Aujourd’hui, alors même que la campagne électorable française est à son firmament, nous offrant hier le spectacle le plus insolite et le plus inattendu qui soit, je constate à travers les échanges, les commentaires sur les réseaux sociaux, que de manière répétitive, les symptômes du phénomène Obama sont transposés soit au candidat d’extrême gauche Jean-Luc Mélenchon… soit à la candidate d’extrême droite….

La même logique prévaut, celle de croire que la solution pour les africains serait de soutenir un homme politique à l’extérieur, qui nous sauverait de nous-mêmes.

Comment nous le reprocher, nous n’avons pas toujours l’opportunité de faire librement de la politique dans nos pays d’origine, d’exprimer nos talents dans une environnement moins hostile que cela ne devrait l’être ?17189-NR2GIP

Cette logique émane d’une assurance erronée partagée par les courants d’un panafricanisme révolutionnaire dont l’objectif serait de démanteler le système de la Françafrique, généralement taxé de diplomatie néocoloniale et de structure volontairement asservissante.

Au-delà de l’analyse douteuse et profondément réductrice des relations entre l’Etat français et ses anciennes colonies, ceux qui attendent que le remède de la gangrène intérieur vienne de nations étrangères, se fourvoient. Ils vivent sébile tendue dans la mendicité diplomatique comme le font nombre de nos présidents dans l’attente du soutien de l’Elysée ou de La Maison Blanche.

Sur la scène internationale, la solidarité est une notion antinomique, quelque soit la supposée bonté ou intégrité des individus. L’Etat n’existe par définition que par intérêt, et s’est forgé soit dans la guerre, soit dans la conquête, soit dans la défense des frontières.

Par conséquent, aucune cellule diplomatique aussi bienveillante qu’elle puisse paraître par ses actions humanitaires, n’agit pour l’intérêt commun. En outre, la politique étrangère française dépend fortement des orientations de l’Union Européenne et des strates administratives qui composent le Quai d’Orsay.

La fabrique de la politique étrangère ne repose pas sur un individu, elle a des volets complexes, elle dépend aussi bien du Parlement que des Conseillers, que des organisations supranationales. Penser que les relations franco-africaines puissent être restaurées par un homme de gauche qui promet de régulariser les sans-papiers reste naïf pour ne pas dire aveugle. La couleur majoritaire du Parlement est un facteur déterminant dans la prise de décision, elle peut anéantir tous les efforts de réforme du président le mieux intentionné. Suivez mon regard, le 49/3 n’a pas toujours été bénéfique…

Mais la question n’est pas tant celle de l’intention que celle de la défense des intérêts français sur la scène étrangère : en la matière, il n’y a ni foi ni loi.

Outre les questions de procédure, le candidat de la France insoumise a pris parti pour Laurent Gbagbo, promettant d’aider à sa libération. Malgré sa posture anti-françafrique, les enjeux africains ne sont certainement pas la priorité de Jean-Luc Mélenchon dont l’idée de défier la Cour pénale Internationale reste difficile à réaliser face au Club d’oligarques installé au Conseil de Sécurité. La position de M. Mélenchon, si elle se veut progressiste, s’inscrit de manière flagrante dans la question de l’ingérence décriée par les mêmes africains qui le soutiennent.

Pendant ce temps, son adversaire préférée promettait de dédier 0,7 % du PIB français au développement de l’Afrique, soit à peu près 15 milliards d’euros (source Jeune Afrique), soit plus de 80 % de plus qu’aujourd’hui.Pour quelles raisons, celle qui entend couper les soins médicaux, faire payer l’école aux étranger en France pourrait tout d’un coup s’amuser à mettre de l’argent dans l’aide au développement de l’Afrique ?

Quelle est cette théorie du loin des yeux, près de mes poches ?

N’oublions pas non plus le syndrôme de Robin des Bois de JLM. Sa belle idée de taxer à 90% les revenus supérieurs à 400 000 euros par an, fait croire à certains afro-français (souvent marginalisés et subissant comme une grande frange de la population française) qu’enfin il y aurait un sauveur prêt à remettre en selle dans toute sa splendeur l’état-providence.
Séduisant, ce programme de M. Mélenchon s’appuie sur la profession d’une révolution fiscale dans une sorte de jeu à somme nulle, au sein duquel il suffirait de prendre aux plus riches pour donner aux plus pauvres, sans tenir compte des talents et des efforts individuels, et des investissements directs.

Quand à Emmanuel Macron, pas de grandes promesses à part une déclaration sur le fait que la colonisation est un crime contre l’humanité. So what ? What’s next ?

SO WHAT ? WHAT’S NEXT ?

A vrai dire, je :

vote en tant que afro-française, pour choisir un monde certes imparfait mais libre dans lequel la jeune garde afropéenne aura la liberté de faire émerger son talent, ses capacités entrepreneuriales. Elle pourra ainsi construire son histoire et s’autodéterminer. Oui parce que dans le système classique, trop de portes lui sont fermées.

vote afin d’opter pour un monde qui accepte les différences quelles qu’elles soient, pour être en mesure de mieux endosser la mienne et la faire rayonner.

vote pour vivre dans unmonde qui fait face à ses responsabilités  et donc dans lequel les actions des dirigeants africains sont orientées vers leur peuple plutôt que vers un parrain lointain pour obtenir des bonnes notes.

Si vous me lisez et que vous êtes afro-français, insoumis ou partisan des patriotismes panafricaines obscures, pensez en l’avenir avant de choisir votre bulletin de votre dimanche. Prenons nos responsabilités, personne ne le fera pour nous.

 

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2 Comments
  • Corinne
    Posted at 05:50h, 06 mai Répondre

    Je me reconnais dans ce zèle politique sans toujours savoir où je vais avec (il n’y a qu’à voir tout ce que j’ai écrit pendant la dernière campagne électorale aux USA). Mais j’ai, comme tous dans la doaspora, des circonstances atténuantes:: les frustrations devant la politique stagnante en Afrique. les rêves de conditions meilleures pour les immigrés loin de chez eux, et l’espoir de la révélation prochaine du messi qui pour changer la donne en Occident et sauver l’Afrique par la même occasion. Mais je suis consciente qu’il faut être lucide, et prendre ses responsabilités. Prenons-les donc! Bravo pour un texte réfléchi et enrichissant.

  • Ennelle
    Posted at 22:32h, 10 mai Répondre

    Je te remercie vivement Corinne pour ce commentaire enrichissant. J’ai beaucoup hésité avant de me lancer car je ne voulais pas être une donneuse de leçons non plus. Je m’inclus moi-même dans cette diaspora. Je ne manquerai pas d’aller lire tes articles sur ton blog !

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